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Les scieurs de long/9 |
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"La première
semaine, on ne pouvait plus bouger, ça nous bloquait les membres; on
était courbatu partout. Celui du dessous avait mal aux jambes car il
est toujours sur une jambe (celle qui est avancée). Celui du dessous
avait les yeux qui lui brûlaient, il y a des sciures qui brûlent
plus que d'autres, par exemple le châtaignier. Le peuplier, ça
ne fait rien. Ils disaient, dans le temps, qu'il fallait avoir tué
son père et sa mère pour faire ce métier." |
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En 1804, Jean Hassenfrast se livra à de
longs calculs sur l'effort déployé par les scieurs de long
qu'il comparera ensuite au débit des scieries : |
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"Trois scieurs font en une heure
un trait de 56 décimètres de long", c'est par minute
un trait de 9,3 centimètres. "Ils donnent 50 coups de scie
par minute", 3.000 par heure", la scie avancerait de 18 mm à
chaque coup.
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"L'effort pour scier est composé du poids de la scie, plus de l'effort des hommes du bas; si l'homme du haut emploie un effort constant de 15 kil. pour soulever la scie, on peut ajouter pour son poids cette force à celle que les hommes employent; c'est donc un effort de 39 kilogrammes, qui élèverait un poids égal à 50 fois 8 décimètres ou 2.400 mètres de haut par minute, conséquemment à 5000 fois 8 décimètres ou 2400 mètres de haut en une heure. Comme les scieurs de long travaillent douze heures par jour avec la méme force et la même vitesse, leur action journalière élèverait un poids de 59 kilogrammes à 28.800 mètres de haut, ou un poids de 1.128 kilog. à un kilom. de hauteur, et l'action journalière de chaque ouvrier serait de 376 kilogrammes à un kilomètre de hauteur .." Traité de l'art du charpentier Jean H Hassenfratz 1804 |
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"Les scieurs travaillaient jusqu'au tombant de la nuit, tant qu'ils voyaient la ligne. Ensuite, ils allaient débiter les billes : "Quand il y avait clair de lune ça allait, sinon il fallait tâtouiller. Alors, tu prenais ton bout de bois, tu cherchais l'encoche. Quand tu avais trouvé l'encoche: "Allez, amène le passe-partout", au collègue. On mettait le passe-partout dedans et on sciait. Des fois, c'était pas scié d'aplomb, mais enfin ! " Marc Prival Les migrants de travail d'Auvergne et du Limousin au XX° siècle |
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On peut concevoir qu'à ce rythme, les scieurs
aient pu ressentir quelque fatigue, bien que Claude Chabrol dans "Contes
d'outre-temps", en 1969 ait noté: Les scieurs sciant encore le dimanche ne devaient
pas être des plus nombreux: "On
travaillait tous les jours de la semaine. Notre seul moment de repos était
le dimanche après-midi. Nous allions dans un petit patelin acheter
des provisions, et nous attabler au café." "Le repos est rare : la pause pour les repas, aussi
maigres que ceux de leurs voisins, sauf les jours de Noël et du Mardi
gras, généralement fêtés à grand renfort
de bouteilles de vin, et, bien sûr, le dimanche... " |
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"Le scieur de long travaille par tous
les temps, par la pluie qui transperce ses vêtements comme par la neige,
se consolant à l'idée qu'aucun scieur ne va en enfer, puisqu'il
l'a connu sur terre". |
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... il fallait protéger le corps. Le protéger aussi de la pluie et du froid, sachant que rien n'était alors réellement efficace, et que l'on se contentait souvent de multiplier les épaissseurs, pour mieux les diminuer par temps chaud, les tenues d'été étant alors inconnues. Beaucarnot Entrons chez nos ancêtres |
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" Ce n'est pas d'être mouillé
qui nuit à la santé, c'est de laisser sécher sur soi
ses hardes pendant le repos. La répercution de la transpiration arrive
toujours quand la force vitale diminuant, l'action centripète l'emporte
sur la centrifuge. L'expérience apprend qu'il est fort rare qu'un homme
qui a été mouillé en soit incommodé lorsqu'il
prend ces précautions, et qu'il est également rare qu'il échappe
à la maladie lorsqu'il ne les prend pas. Celui qui marche ou qui travaille
par la rigueur du froid ne succombe que lorsqu'il s'arrête. Si l'exercice
cesse l'action centrifuge diminue, la transpiration est refoulée vers
le centre et le froid s'empare du corps. "
Damien Blanchard et François Léger La Brie vue par ses médecins Ed. Fiacre 2009 |
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"A tout moment aussi, il risque l'accident, la chute pour le "chevrier", l'écrasement pour le "renardier", pour tous le coup de froid, sans parler des varices, des hernies, des rhumatismes et de la phtisie." Beaucarnot "Le 5 juin, dans la soirée, un scieur de long originaire de
l'Auvergne... était occupé à arracher des culées
d'arbres; sa cognée glissant sur une racine vint s'abattre sur son
pied droit et le lui fendit en deux." |
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On peut penser que la mortalité fut élevée tant les conditions de vie pouvaient être rudes, entre un travail dangereux et harassant de l'aube au crépuscule et au delà; pendant la mauvaise saison et par tous temps; un hébergement sommaire, une hygiène très approximative : comment se laver en hiver en forêt de Villefermoy? Et où y trouver de l'eau potable? Point de sources, uniquement des mares, un grand étang, bien sûr, qu'il fallait partager avec les grenouilles et un minuscule ruisseau, le ru Guérin. Les scieurs de long furent d'ailleurs plus atteints par l'épidémie de choléra en 1832 que d'autres migrants, comme les maçons, qui pouvaient tous loger dans des maisons.
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Rare mention de la cause du décès,
pendant l'épidémie de choléra de 1832 qui toucha Paris
en mars avril et les communes rurales autour de Villefermoy en juillet août
septembre: Il semblerait que Denis François Barbier, adjoint
de Varennes ait été troublé par l'épidémie
car il accumule les oublis rectifiés dans la marge, les approximations
dans les noms Forgette au lieu de Fargette (et Malfend au lieu de Malfand
ce qui est plus compréhensible). |
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Comparaison en pourcentages entre l'âge au décès des habitants de la Chapelle Rablais en bleu et des scieurs de long (ne figurent ni les décès de deux scieurs de moins de vingt ans, ni l'effarante proportion des morts en bas âge au village. Les scieurs les plus âgés n'étaient plus saisonniers, mais fixés en Brie.) |
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Point de mortalité plus élevée
chez les scieurs de long que chez les paysans du cru. Au contraire, avant
la cinquantaine, aux âges où ils étaient les plus
actifs, les décès des scieurs de long sont moins élevés
que les autochtones, et les scieurs se permettaient même de vivre
plus vieux que les paysans.
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Il faut dire que le Forez et le Velay n'envoyaient sur
les routes que leurs hommes les plus forts. Les chétifs, les
malingres, les malades restaient au pays faute de pouvoir supporter
le voyage et l'éprouvante saison de "scie". |
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