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Etienne Fare Charles
Huvier/30 |
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Le curé de
campagne veillait à ce que la vie privée de ses ouailles soit
conforme aux bonnes moeurs, suivant les préceptes de l'Eglise, de la
naissance jusqu'à la mort. Et même avant la naissance... A essayer
de retrouver dans les archives du curé Huvier.
Au début du XVI° siècle,
l'évêque Guillaume Briçonnet de Meaux tempétait
contre les divertissements et plus particulièrement les danses :
"par la malice des hommes & l'astuce de Sathan, l'on en est venu
là que de changer la medecine en poison, dédiant au Diable ce
jour sacré, qui n'a été seulement institué que
pour purger nos offences, & rendre à Dieu l'honneur qui luy est
deûb... plus la feste est solennelle, plus nous faisons les folastres
& insensez... car l'on dict que tous les péchez voltigent avec
les danceurs au millieu du cercle de la dance... les jours de festes sont
instituez, non pour le contentement du corps, mais pour le salut de l'âme;
non pour rire & s'ébattre, mais pour plorer..." Etienne Fare Charles
Huvier, lorsqu'il était à Marolles, avait lui aussi tempêté
contre les danses : "Le dimanche de la
Sainte Trinité mil sept cent cinquante un, il s'est élevé
pour la première fois une fête de danse à la Cresonnière
malgré mes oppositions et remontrances. On nommoit cette misérable
fête (St Friquet). Le vingt un avril mil sept cent cinquante deux j'ai
écrit à M. Bonnefoy greffier en chef de l'élection de
Coulomiers et intendant de M. de Caumartin seigneur de ladite Cressonnière.
On a fait droit à ma lettre et le dimanche de la Sainte Trinité
de laditte année à la sortie de vespres, défenses ont
été faittes de tenir aucune fête dans l'étendue
dudit fief de la Cressonnière. Par ma lettre je demandois instamment
l'abolition de cette fête comme chose contraire à la sainteté
du dimanche et aux bonnes moeurs."
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Etienne Fare Charles Huvier, plus tard curé de Cerneux, craignait aussi les débordements au cours de processions religieuses, et il n'était pas le seul : "Pour éviter les abus sur les trop longs parcours, l'épiscopat dans tous les diocèses limitait la longueur des processions à deux lieues de l'église paroissiale ...Tous les efforts consistent à recentrer les dévotions vers l'église paroissiale là où il est plus aisé de les contrôler." Michel Vernus, Le presbytère et la chaumière 1986
Tout juste arrivé
dans sa nouvelle cure (mars 1759), il s'opposa déjà à
ses paroissiens, leur refusant une procession traditionnelle, prétextant
un rhume dont il était guéri l'année suivante où
il refusa encore la courte procession jusqu'à Augers en Brie, à
moins de deux kilomètres: "Depuis très longtemps l'usage
étoit que le lundy de Pasques Mr le curé d'Augere venoit processionelement
chanter vespres à Cerneux, Cerneux alloit à Augere. Il y à
même eu un temps où le curé d'Augerre venoit dire la messe
à Cerneux et communioit les paroissiens, Cerneux de même à
Augerre. Le lundy de Pasques 16° avril 1759, il faisoit un grand vent,
j'étois enrhumé et en conséquence je n'ai pas été
à Augerre, ce qui a donné matière à plusieurs
de mes paroissiens de murmurer. Cette procession n'étant point fondée,
cet usage me sont paru un abus à cause de la débauche et de
la dissipation je ne m'y suis point conformé. Le lundy 7° avril
1760, chacun à chanté les vespres dans son église ainsy
que la précédente année. Il ne m'a point apparu aucun
titre de fondation à l'occasion de cette procession, j'ai fait en 1759
et 1760 d'exactes recherches sur cet article d'ailleurs si Mr le Curé
d'Augere à une obligation à remplir dans l'église de
Cerneux, cette obligation luy est personnelle en sa qualité de curé,
et n'en impose pas à celuy de Cerneux."
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Il pouvait arriver que, malgré la surveillance
du curé, la jeune fille ait convolé en injustes noces avant
le mariage, comme dans le montre Greuze dans "la cruche brisée",
symbole de la virginité perdue, comme "les oeufs cassés",
autre tableau de Greuze. Si les jeunes gens avaient ignoré les "funestes
secrets", la jouvencelle pouvait se trouver enceinte. |
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Certaines filles célibataires auraient cherché
à se débarrasser définitivement de leur nouveau-né,
ce que combattirent évidemment les autorités, tant laïques
que religieuses car le nourrisson privé de baptême ajoutait
la damnation au meurtre. Henri II publia en 1756 un édit qui enjoignait
les filles célibataires enceintes à déclarer leur état.
Un exemple local : le 17 janvier 1776,
Angélique Mellin, domestique de la paroisse Sainte Croix à Provins,
accoucha d'un enfant naturel, Joseph Ange; Joseph Croutel domestique de la
paroisse de St Quiriace en étant le père (leur état de
domestiques ne favorisait pas le mariage). La sage femme qui l'accoucha précisa:
"laditte Gauthier nous
a assuré que la mère avoit fait sa déclaration en justice".
Les parents durent abandonner leur bébé, il décéda
à Brie Comte Robert sur le chemin des Enfants Trouvés de Paris,
âgé de quatre jours; on en retrouvera la trace à la page
des "morts en passant".
Baptême : Sainte Croix 5 Mi 6256 / décès Brie Comte Robert 5 Mi 7376
Autre exemple local : en 1786, à Marolles où Etienne Huvier
avait été vicaire desservant trois décennies plus tôt,
Marie Louise Moussy déclara sa grossesse devant le notaire Alexis
Louis, non par obligation pour se conformer à l'édit d'Henri
II, mais pour obliger "Pierre Raby, charron
comme veuf" avec qui elle avait eu des "habitudes
charnelles" à l'épouser.
Le curé avait la charge de contrôler
la moralité de ses paroissiens. Depuis les "femmes
de mauvaise vie" jusqu'aux aspirants à la prêtrise.
A l'opposé, "Les
Curez avertiront .. les Officiers de lieux, lorsqu'il se rencontrera
dans leur Paroisse quelque femme de mauvaise vie, & n'oublieront
rien pour les faire éloigner. Si au mépris de Dieu &
au scandale de la Paroisse, il y avoit un concubinage scandaleux, nous
leur ordonnons de les avertir en particulier avec force & avec courage,
& néanmoins avec prudence & charité; & en
cas qu'il perseverent dans cet horrible scandale, après trois
monitions (avertissements, sommations)
à eux faites en particulier, même en presence de deux ou
trois témoins, si besoin est ... ils nous donneront avis, afin
que nous excitions la vigilance du Magistrat; mais encore que Nous tâchions
de Notre côté ... à arracher la proye au Démon;
& à ôter le scandale du milieu de nous. Bossuet"
47° ordonnance du diocèse de Meaux
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Le curé exerçait aussi son contrôle lors du mariage, avant de procéder à la cérémonie. Certains jours étaient interdits par l'Eglise, le dimanche, consacré au seigneur et le vendredi, jour de la mort de son fils. D'autres dépendaient de la tradition : le samedi était loin d'être le jour favori; les mariages avaient le plus souvent lieu de lundi et surtout le mardi. |
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"Le droit canonique s'opposait
à l'union de parents au quatrième degré, c'est à
dire des personnes ayant un trisaïeul commune."
Thierry Sabot |
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curé devait publier les bans des futurs mariages trois dimanches
de suite avant la cérémonie, ou du moins trois fois, séparées
de deux jours, au prône de la grand-messe mais jamais jamais aux
vêpres ni aux saluts "quelque nombreuse
qu'y soit l'assemblée". Etienne Fare Charles Huvier,
ancien curé, célébra dans sa chapelle particulière
à la ferme du Mée, à Saints, le mariage de Jean Pierre
Prouharam, en veillant à ce que les bans aient bien été
publiés à Coulommiers, ville de résidence des époux
: "L'an mil sept cent quatre vingt deux le
quatorze may après la publication des bans du futur mariage entre
Jean Pierre Prou haram menuisier fils majeur de Jean Pierre Prou haram
menuisier et de Marie Nicolas son épouse d'une part et de l'autre
Marie Geneviève Aurélie Pernelle (Orélie, en marge)
fille majeure de Simon Pernelle charretier et de feue Marie Françoise
Savry son épouse tous deux de la paroisse de Coulommiers, laditte
publication faite aux prosnes des messes paroissiales de laditte paroisse
le dimanche cinq, le jeudi neuf et dimanche douze des dits mois et an
sans opposition ni empêchement quelconque venu à connoissance..."
Deux certificats de publication des bans ont été conservés dans le registre paroissial de Cerneux, quand Etienne Fare Charles Huvier en était curé, envoyés par les curés des paroisses concernées, concernant tous deux les noces de Jean Nicolas Legros dont les parents résidaient à Lescherolles et de Marie Françoise Chiquerille "domiciliée de fait dans la paroisse de Cerneux, et domiciliée de droit dans cette paroisse" de Vieux Maisons, acte ci-dessous, signé Caquia de Monbourg. Domicile officiel de droit et lieu actuel de résidence, domicile de fait ont été détaillés dans le dossier sur les travailleurs saisonniers en Brie, chez les maçons de la Creuse, comme chez les scieurs de long du Forez. Pour ces migrants, les curés étaient très attentifs à l'authenticité du certificat "légalisé s'il vient d'un autre diocèse" comme le précise le dictionnaire e droit canonique de 1761. Il ne fallait pas que l'Auvergnat ou le Limousin ait abandonné une épouse au pays...
Il pouvait aussi se faire que les bans ne soient publiés qu'une seule fois, suivant une dispense de l'évêque. Ce fut le cas pour Charles Gergonne, ancien maître d'école de Cerneux, devenu arpenteur de la maîtrise des Eaux et Forêts quand il épousa Anne Marguerite Louise Bouvet le 20 décembre 1777 à l'église Sainte Croix de Provins : "... après avoir vû la dispense des deux autres publications ainsi que la permission de fiancer et de marier en même jour même en ce présent temps d'avent prohibé par léglise..."
Les époux cumulèrent les exceptions à la règle canonique : fiançailles et mariage le même jour, dispense des trois bans et mariage pendant le temps clos de l'avent, car certaines périodes de l'année faisient partie du "temps clos", le Carême avant Pâques et l'Avent, précédant Noël. Si les mariages étaient proscrits, l'Eglise interdisait aussi toute festivité, sous-entendant aussi deux périodes de chasteté pour tous, même les époux légitimes. Il faut avouer que les paroissiens ne suivaient pas cette injonction à la lettre, pour preuve, le graphique des mois de conception, ci-dessous, déduit des mois de naissance à la Chapelle Rablais entre 1752 et 1762.
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