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L'Ecclésiastique citoyen
Jean-François Nusse / 1785

Quelques années avant la fin de l'Ancien Régime, pamphlet édité à Londres, contre les gros décimateurs, moines et chanoines, qui ne laissaient au curé desservant qu'une maigre "portion congrue".
L'auteur, curé puis maire de Chavignon, Aisne, y décrit en détail le rôle important du curé de campagne, "père" et "homme essentiel" de chaque paroisse. Quelques extraits...


A Londres 1785
Lettres sur les moyens de rendre les personnes, les établissemens & les biens de l'Eglise encore plus utiles à l'Etat & même à la Religion

pp 28/29 Nombre de paroissiens, de prêtres "pères" de chaque paroisse ; obéissance au roi
Sire
Votre majesté a dans son royaume environ quarante mille hommes, qui, entre tous les autres, lui sont spécialement dévoués, & par le moyen desquels il n'est pas de bien qu'elle ne puisse faire à ses peuples; quarante mille hommes qui peuvent lui assurer plus efficacement l'obéissance de ses sujets que les trois cens mille hommes qui sont sous les armes; quarante mille hommes qui peuvent prévenir ou appaiser plus de procès que toutes vos cours de justice n'en sauroient juger; quarante mille hommes qui sont à portée de procurer plus de secours aux malheureux que l'opulence de tous les citoyens les plus riches & les mieux intentionnés.
Ces hommes sont tous dans la place où Votre Majesté peut les souhaiter pour que le bien d'opère par-tout, sans retard sans oubli, sans négligence. Il y en a un dans chaque paroisse ; ils connoissent tous vos sujets ; ils sont présens à tout ; ils ont un titre pour les aimer ; & c'est avec Votre Majesté qu'ils ont la gloire de le partager ; c'est celui de père ; leur premier devoir est de faire leur bonheur.
Ces quarante mille hommes bien choisis, bien formés, bien stipendiés *, bien considérés, sont comme les yeux de Votre Majesté pour pénétrer dans tous les besoins de ses peuples ; ils sont comme les mains pour leur porter toute sorte de secours. Par eux, votre Majesté est assuré que dans toute la vaste étendue de son royaume il n'y a pas un vice qui ne soit combattu, pas un besoin qui ne soit secouru ; les vingt millions d'hommes qui chérissent le bonheur de vivre sous vos loix, sont sous leur protection immédiate ; ils sont l'objet de leur étude, de leurs soins, de leurs travaux ; les pasteurs n'existent que pour eux : Sire, permettez nous de le répéter, chaque paroisse est une famille dont le curé est le pere.

* Payer, gager quelqu’un, l’avoir à sa solde. Il ne se dit guère que Des soldats. Stipendier des troupes Dico Académie 1762 // idem 2024 : Litt. Recruter des soldats contre rémunération. Stipendier une milice. Par extension. Payer quelqu’un pour exécuter des basses besognes ; corrompre une personne. Stipendier des bandits. Il a été stipendié pour falsifier le rapport.

p 70 Part de la dîme pour les pauvres
Vous connoissez, Monsieur, les termes du capitulaire de Charlemagne sur la dîme, que les prêtres, selon l'autorité des Canons, employent la seconde partie de la dîme pour les besoins des pauvres, & leur en fassent eux-mêmes la distribution avec beaucoup d'humanité et de douceur.
* Misericorditer et cum omni humilitate dispensent (Qu'ils exercent leur ministère avec miséricorde et en toute humilité.)

p 83 Casuel
Lettre cinquième. Sur le casuel. C'est une injustice envers les paroissiens. Il est contraire aux anciennes loix de l'Eglise, & humiliant pour les pasteurs.
Si tu es un vautour, attends pour te repaître du cadavre.
p 85 ... & je ne sais pas comment l'assemblée du Clergé a pû en 1765 dire, "que la modicité & l'insuffisance des bénéfices-cures mettoit dans la nécessité d'en tolérer l'usage." On ne sauroit tolérer ce qui est mauvais.
p 88 Le malade qui voit entrer chez lui son curé, & qui ne devroit voir en lui qu'un ange consolateur, soupçonne peut-être en lui l'homme avide qui attend pour s'enrichir de son trépas. Si la modicité de leur bénéfice est quelquefois cause que certains pêtres n'ont pas le noble désintéressement qui sied si bien aux dispensateurs des choses saintes de combien de scandales le casuel ne peut-il pas devenir la cause & à quelles ressources honteuses ne peuvent pas s'abaisser ceux qui n'ont pas d'ailleurs de quoi vivre?

p 106 Importance du curé à la campagne
Croyez vous les curés de campagne moins utiles? au contraire, il n'est pas de place où l'on puisse l'être autant, ni qui exige plus de talens & de vertus. A la ville on trouve des secours de tout genre, lumiers, aumônes, conseils de jurisconsultes & de médecins, établissemens pour toutes sortes de besoins, services des ecclésiastiques, qui partagent les fonctions du ministère; mais à la campagne, il n'y a seul chargé de suffire à tout, il est seul le guide, la ressource, l'avocat, le médécin, presque le juge, & sur-tout le pere de ses peuples, il faut qu'un curé de campagne soit universel; car il est nécessairement un homme essentiel.

pp 106 à 110 Importance et solitude du curé à la campagne
(extraits) Croyez vous donc, Messieurs, qu'il n'en coûte pas beaucoup d'efforts, de dégoûts & de sacrifices à un prêtre élevé comme vous dans la société, qui y a reçu une éducation semblable à la vôtre & qui ordinairement a passé ses premières années de ministère dans la ville, de se voir confiné pour toute sa vie dans une campagne où il ne trouve aucune société & où il est au moins renfermé pendant un long hiver? Croyez-vous, dis-je, que dans des paroisses nombreuses & fort écartées ce ne soit pas un travail fatiguant de parcourir des chemins impraticables, pour aller dans des hameaux éloignés visiter de pauvres malades dans leur chaumière, & leur porter les secours de l'humanité & de la religion? Et les confessions qu'il faut entendre pendant des journées entières, même dans la saison la plus rigoureuse, les enfans qu'il faut catéchiser, les instructions qu'il faut préparer, l'étude à laquelle il faut s'appliquer pour remplir sans reproche le redoutable ministère, tous les mouvemens qu'il faut se donner pour soulager son peuple, plaintes à entendre, conseils à donner, lettres à écrire, démarches à faire, remèdes à indiquer, vrais pauvres à connoître, secours à leur procurer, nourrices à inspecter, jeunesse à surveiller, abus à réprimer; regardez-vous toutes ces occupations comme faibles & très-agréables pour la délicatesse?
Savez-vous apprécier toutes les peines d'un pasteur zélé qui tend sans cesse les mains à un peuple indocile et que le peu de revenus que vous lui accordez rend peut-être méprisable à ses propres yeux... qui parle et qu'on n'écoute pas... qui voudrait se faire tout à tous pour gagner son troupeau et qui n'essuie quelquefois que du mépris et des injures? Trop heureux encore si sa vertu demeure toujours à l'abri de la calomnie.
Voilà, Messieurs, l'idée que je me suis toujours formée des curés, & surtout de ceux de la campagne; de ces hommes si élevés par leur état, & que vous avez rendus si petits...

pp 112/113 Importance du curé à la campagne, registres paroissiaux "hommes essentiels"
Mais hors de ces cas fâcheux quoique fréquens, nos curés ne sont-ils pas journellement des hommes essentiels, & leurs occupations de chaque jour ne sont-elles pas des services & les premiers services pour l'Etat? Je ne connois rien de plus important que les fonctions qui leurs sont confiées, quand je ne parleroit que des titres dont ils sont les instrumens & les dépositaires. Oui, Messieurs, c'est dans leurs mains que nous trouvons ces titres précieux qui assurent l'état de tous les citoyens. Naissances, mariages, sépultures, les curés donnent l'autenticité à tout. Je vois avec plaisir qu'ils réunissent ensemble le caractère auguste du sacerdoce, & une espèce de magistrature qui fait la sûreté des familles. La paix qui règne à cet égard dans la société justifie notre confiance & suffiroit pour leur éloge.

p 148 Justification de la dîme des curés, contre les gros décimateurs absents des paroisses
Quand les évêques ont demandé l'établissement de la dîme, & que les souverains y ont consenti, on n'a pas voulu sans doute tromper les peuples; on leur a dit : vous avez besoin de pasteurs pour vous conduire, & de temples pour les exercices de la religion ; il est juste de pourvoir à la subsistance des uns & à l'entretien des autres. Ce n'est donc qu'en prélevant un droit sur vos fonds qu'on peut vous satisfaire. Croyez-vous, prieur, que les peuples se seroient prêtés aussi volontiers à cet impôt, & que l'Etat qui les protège y eût donné sa sanction? Si, au contraire, on leur eût dit ; nous vous demandons la dîme de vos héritages, pour les chanoines, les religieux; ce sont des communautés éloignées d'ici qui ne vous rendront aucun service, qui ne vous connoissent même pas ; mais ils payeront une modique pension à votre curé, ils entretiendront seulement une partie de votre église, le reste demeurera à votre charge, ainsi que la maison curiale; vous n'aurez droit d'en rien exiger pour vos pauvres; ce sera à vous, à vous dépouiller d'une partie de vos biens & à en frustrer vos héritiers, si vous voulez faire des fondations pour avoir une fabrique, & pour reconnoissance du sacrifice qu'on vous demande, pour prix de la charge qu'on vous impose, ces communautés prieront Dieu pour vous.

p 213 Rang du curé, notabilité
Tout le monde sait qu'il n'y a pas un bénédictin qui ne se croit supérieur à tout le clergé séculier & qui regarde un curé comme une espèce de vicaire qu'il paie pour desservir une paroisse.
... un curé doit bien tenir dans le monde le rang de tout honnête bourgeois, d'un commerçant aisé, d'un avocat & même d'un gentilhomme. C'est sur ce pied-là que nous considérons nos curés. Leur caractère, leurs études, leur titre, leurs fonctions & leurs service, nous les rendent respectables.

p 215 Budget d'un curé
Indépendamment des secours qu'un curé doit avoir en main pour les pauvres, il lui faut la nourriture pour deux personnes. Lui refuserez-vous un domestique? ... Mais trouverez-vous la nourriture et l'entretien de deux personnes avec cinq à six cens livres? (Valeur de la portion congrue)

p 216 Pour vous convaincre, suivons l'auteur de ces observations, & entrons avec lui dans quelque détail... Rien de plus facile; c'est de l'autel seul que doivent vivre les curés; on leur a interdit le travail et le commerce. L'autel ... ne leur procure pas plus de six cens livres, en y comprenant le casuel. Comparons ce revenu avec leurs besoins; consultons la décence de leur état, & point de lésinerie quand il est question de faire vivre des hommes aussi essentiels...

p 216 /217 On vous demande pour la nourriture de deux personnes ... dix septiers de froment, mesure de Paris, qu'on a apprécié à deux cens quarante livres depuis quelque tems, ils valent souvent plus que moins..

voir aussi p 253, divers prix du blé en 1768; portion congrue de cinq cents livres équivalente à 25 setiers de froment; coût plus élevé suivant les régions ; Paris 631 £, en Guyenne 716 £, en Provence 725 £

p 217 Continuons, trois muids de vin qu'on estime deux cens livres. Oh ! Madame, c'est trop de moitié. Ne lui en donnez point du tout. - Cependant, indépendamment de sa nourriture, il lui en faut pour la messe; et il en a besoin pour ses pauvres malades qui n'en trouveroient pas ailleurs, sur-tout dans les pays où le vin est rare. L'on vous a aussi observé qu'il a encore des devoirs d'hospitalité à remplir. -Mais si vous exigez pour deux cens livres de vin, ne puis-je pas vous répondre qu'il peut se procurer d'autres boissons à meilleur marché ? Fort bien, le curé qui fatigue de son état boira du cidre ou de la bière; & vous, Messieurs les moines qui n'avez rien à faire, vous aurez du vin choisi pour votre ordinaire, des vins étrangers pour le dessert; & parce que vous êtes riches, vous userez tant que vous voudrez du café et des fines liqueurs. (paragraphes suivants sur l'opulence de la table des chanoines et moines)

Le muid de bled, mesure (des grains) de Paris, contient douze sestiers; le sestier deux mines. (Olivier De Serres)
Le setier de Paris valait 12 boisseaux de 640 pouces de setiers cubes, soit 152 litres (Wikipédia)
Le muid (mesure des liquides )de vin de Paris contient deux cent quatrevingt pintes (Furetière 1690)
presque 280 litres (dico du vin)

p 219 Nous avons déjà employé plus des deux tiers de la portion congrue, & nous n'avons encore que le pain & le vin. Sans doute qu'il faut leur donner de quoi acheter de la viande. Au moins, son domestique peut s'en passer. Car il faut alors que le domestique vive d'autre chose. - Un curé peut vivre avec une livre de viande par jour. - Fort bien, pour deux ersonne, c'est à chacun un quarteron par repas...

p 220 Sans doute que Madame n'exigera pas que nous fournissions du poisson à MM les curés. - Non, il faut le laisser à ceux qui sont obligés par état à un carême perpétuel...

p 221 Je crois qu'il faut prendre un prix moyen pour estimer ce qui est nécessaire à l'ordinaire d'un curé, soit en gras, soit en maigre, y compris le sel qui fait un gros article, & tout le reste de l'assaisonnement. Vous avez deux fois par jour plusieurs plats sur vos tables; & je ne pense pas ... qu'il y en ait beaucoup qui ne coûtent pas vingt sous. Eh bien, je ne vous demande que le prix d'un seul de ces plats, pour les deux repas du curé; encore le reste doit-il nourrir son domestique. C'est ce que nous ne saurions estimer moins de trois cens soixante cinq livres. Madame doit diminuer les collations du carême... & augmenter les dîners...

p 223 / 224 A combien estimez vous le bois & la chandelle pour la consommation d'une année? Sera-ce trop de cent soixante livres pour ces deux objets ? ... Il est vrai que la cherté actuelle du bois étonne & même alarme depuis quelques années... Les curés se contenteront d'un seul feu. Ils ont besoin d'étudier ; ils ont aussi quelquefois des hôtes à recevoir ; le bois est une des aumônes les plus nécessaires qu'ils soient dans le cas de donner.

p 224 / 225 Vous ne vous croyez pas exempts du moins de leur procurer leur nécessaire pour leur ameublement; les livres & les ustensiles du ménage. On vous demande pour cela cinquante livres. Il leur faut aussi du linge & des habits; c'est un entretien d'environ deux cens cinquante livres... Vous voudriez qu'un curé fût habillé comme un paysan ? Vous craignez, je crois qu'il ne soit respecté comme il doit l'être, en conservant le décorum de son état... Qu'un pasteur ne soit pas habillé comme un petit maître, cela est juste... mais ne le forcez pas à se tenir si pauvrement que nous soyons privés du plaisir de sa société.

p 226 Enfin, il faut au curé de quoi payer les gages de son domestique & les salaires des gens de journée qu'il peut employer. Ce dernier objet peut être de cent vingt livres. -Je conviens, Madame, qu'en comptant ainsi, il n'est pas difficile de trouver quinze cens livres... (p 226 paragraphe sur les aumônes)

p 227 Il n'a point parlé, pour ainsi dire, de l'hospitalité; elle est indispensable à la campagne, sur-tout dans beaucoup de circonstances. N'est-ce pas au presbytère que doivent naturellement s'adresser les officiers d'élection, de maréchaussée, des militaires, des ecclésiatiques, des religieux, & sur-tout homme honnête qui est surpris par la nuit dans un pays où il n'y a point d'auberges?
Lui refuserez-vous aussi la satisfaction de voir quelquefois ses confrères dans la belle saison, & de les recevoir chez lui ? C'est un juste dédommagement de la solitude où il se trouve les trois quart de l'année.

p 228 ... il est aussi obligé à des frais de calendes et de conférences...

Les calendes et les conférences ecclésiastiques sont deux notions historiques de l'Église catholique qui désignent respectivement le temps rythmé par la liturgie et les réunions de formation du clergé.

p 228 Il n'a point parlé d'un cheval. Tous les curés sans doute n'en ont pas besoin; mais ceux qui ont des hameaux très-éloignés de leur paroisse peuvent-ils s'en passer? Ce n'est pas tout de l'acheter, de l'équiper, il faut le nourrir; & cela ne coûte pas moins de cinquante écus annuellement, c'est un objet de plus de deux cens livres ces années-ci.

p 228 Il n'a point parlé de l'entretien du presbytère. Pour les réparations locatives & usufruitières, on n'y suffit pas tous les ans avec un louis d'or.

p 228 Il a oublié les décimes. Je conviens que les curé à portion congrue sont très-ménagés à cet égard dans ce diocèse; mais c'est une charge qui n'est pas aussi légère dans beaucoup d'autres.

p 229 Il a oublié les maladies. Un curé en seroit-il exempt? C'est cependant à la campagne qu'elles sont le plus coûteuses, à raison de la privation des secours & de l'éloignement des médecins. Un curé pauvre ne sauroit faire aucune épargne pour prévoir ces accidens; il est encore obligé alors de nourrir & de payer le prêtre qui le supplée. Et dans sa vieillesse, Monsieur, que deviendra-t'il?

p 230 Une famille s'est épuisée pour la nourriture & l'éducation d'un prêtre pendant environ douze ans, c'est un objet de deux mille écus; si elle n'a reçu aucuns secours, & si elle a (n'a pas) profité d'une bourse; elle a été obligée de pourvoir à son entretien : tandis qu'il ne lui étoit d'aucune utilité; & quand ce prêtre est placé & que ses parens sont dans la misère vous le dispensez du devoir de la reconnoissance? ... Nos parens dans le besoin sont pour nour les premiers pauvres...

p 231 Je ne vois pas non plus que l'auteur des observations ait parlé des dettes qu'un curé peut avoir à acquiter. Peut-être est il encore redevable au séminaire d'une partie de sa pension. Peut-être doit-il les avances qu'on lui a faites pour l'aider à subsister dans un vicariat, qui ne lui procuroit pas le nécessaire.

p 232 Et celles de prise de possession & d'ameublement, quand il est entré dans sa cure? ... Prétendez-vous que l'habitation d'un curé soit un taudis aussi mal propre que la chaumière de ses paysans? Lui sera-'il interdis (sic) d'embellir & d'égayer un peu sa solitude? Pauvre dans ses habits, à sa table, & dans tout ce qui l'environne, sera-t'il réduit à habiter quatre murailles nues et mal saines? Lui refuserez-vous aussi des livres? Mais il ne peut ni ne doit s'en passer. Il est obligé de s'instruire. Il faut qu'il s'occupe; il n'a pas tous vos amusemens pour le dissiper.

p 312 Vieux curé
On ne sauroit imaginer le bien que fait encore un vieux curé dans sa paroisse. Il jouit du respect & de l'attachement de tout un peuple qu'il a baptisé, instruit, marié, confessé, assisté de ses conseils, aidé de ses aumônes. Tous les paroissiens l'honorent comme leur pere, il ne pourroit plus parler, & son seul aspect suffit pour en imposer, il est comme une instruction vivante; il auroit même essuyé quelques contradictions dans le commencement que cela s'oublie.

p 373 Papiers d'identité, extrait de baptême (Souhait de l'auteur)
Je désirerois que tout particulier qui vient s'établir dans une paroisse (outre le certificat de vie & moeurs dont il doit être pourvû) fût encore tenu de présenter au curé son baptistaire, celui de sa femme, & de tous ses enfans, ainsi que son acte de mariage.

p 378 Fêtes chômées trop nombreuses
Ignorez-vous donc l'abus du trop grand nombre de fêtes? Le peuple perd doublement ces jours-là, & par l'omission du travail, & par les dépenses. Moins de jours de fêtes, moins de débauches... L'ouvrier commet plus de fautes (en) un seul jour de fête que pendant toute la semaine.

p 382 Liens interdits entre parrains et parents
Ne seroit-il pas possible de lever aussi l'empêchement dirimant entre les parrains & marraines, & les pere & mère de leurs filleuls?

Un empêchement dirimant est un obstacle légal ou réglementaire absolu qui empêche la réalisation d'un acte juridique ou entraîne sa nullité absolue s'il est tout de même accompli.
Définition : C'est une condition de fond essentielle dont l'absence ou la violation (comme la polygamie ou un lien de proche parenté) permet d'annuler un mariage.
Avant le Concile de Trente (1563) : L'Église interdisait le mariage entre les parents d'un enfant et ses parrain et marraine en raison d'une « parenté spirituelle »
Toute personne (sage-femme ou autre) ayant baptisé un enfant en cas de nécessité contracte également avec lui l'alliance spirituelle.
Le parrain (ou l'homme qui a baptisé l'enfant) ne peut épouser la mère de l'enfant et, pareillement, la marraine (ou la sage-femme) ne peut épouser le père de l'enfant. Ils sont qualifiés respectivement de compères et commères.
Il a existé, avant le concile de Trente, un empêchement de mariage entre un baptisé et les enfants de son parrain ou de sa marraine, assimilés à des frères et sœurs, et que le concile a en outre reconnu qu'il n'existait pas d'empêchement de mariage entre le parrain et la marraine d'un enfant baptisé.
L'empêchement prohibitif interdit la célébration de l'acte, mais si l'acte a lieu malgré tout, il reste valable (seule une sanction pèse sur l'officier qui l'a célébré). L'empêchement dirimant, lui, casse l'acte.

p 388 A propos du "don gratuit"
Chacun doit le tribut aussi-bien que l'obéissance. Les prêtres remplissent donc également un devoir en payant l'impôt, comme obéissant aux loix du souverain. Ce terme de Don Gratuit ne me paroît pas digne de sujets aussi fidèles, & qui doivent donner l'exemple.

p 391 Rentes du clergé, décimes
J'ai lu dans un des mémoires pour les portions congrues que dans les cent vingt-un millions deux cent quatre-vingt-dix-neuf mille cinq cent livres de rentes dont jouit le Clergé, la part des curés étoit de vingt-deux millions, & que sous les seize millions de décimes, les curés payoient environ onze millions.

p 410 Scellés sur l'héritage d'un curé
Je trouve encore que l'on commet une injustice envers les héritiers d'un curé quand, après sa mort, on met le scel dans sa maison, à cause des registres de sa paroisse.

p 475 à 480 "Table des lettres" résumé de chaque chapitre

 

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