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Zones d'ombre dans
la vie |
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Passez la souris sur les |
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Après une dizaine d'années outremer, Etienne Labarre revient en France, en juillet 1783, avec trois enfants nés hors mariage et une concubine. On le quitte petit huissier en Martinique, on le retrouve riche et bientôt influent en métropole. D'où vient l'argent? D'un héritage du côté de son épouse? Plus probablement de la succession du père d'Etienne, dont le décès dut provoquer le retour en métropole: "Etienne Labarre, 28 ans, né à Paris de feu Antoine Labarre et de feue Roulin" est-il précisé sur le rôle d'embarquement du navire Victoire, entre la Martinique et la Guadeloupe. La mère d'Etienne est décédée avant 1763, quand Antoine se maria pour la troisième fois. Le lieu de décès du père n'est pas connu, probablement dans l'Yonne avant l'automne 1782, le temps que la nouvelle en parvienne en Martinique et qu'Etienne prépare son retour dont les préparatifs s'amorcèrent en janvier 1783. |
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Etienne Labarre, ses trois enfants et sa
concubine s'installent à Paris. "Zabeth" Lefèvre y
reçoit une procuration de son père, passée chez le notaire
Rochery, à la Trinité, Martinique, datée du 16 juin 1784.
Et, le 9 juillet 1785, Etienne Labarre et Elisabeth Lefèvre officialisent
leur union dans la paroisse Saint Gervais, deux années après
leur retour en métropole. |
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Antoine Labarre, dit Maurice, frère beaucoup plus âgé qu'Etienne puisqu'il était déjà marié alors qu'Etienne n'était pas encore né, décéda avant juillet 1784, date d'un conseil de famille à propos de la tutelle de ses enfants. Est-ce le décès du père ou du frère qui incita Etienne Labarre à revenir en métropole en 1783 ? |
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Etienne sera tuteur des enfants mineurs
d'Antoine Labarre et Elisabeth Marguerite Haribelle : Jacques Marie 22 ans,
Hermine Marguerite 21 ans, Adélaïde Hiacynthe 15 ans, Jeanne Agathe
14 ans et la petite Victoire Rosalie, 9 ans que sa mère placera dans
la Petite Communauté de Saint Paul, d'où elle sortira à
l'âge de douze ans pour être accueillie dans la famille de sa
soeur. Car Elisabeth née vers 1754 était mariée depuis
1770 avec Jean Charles Hubard de la Cour, ancien émailleur et ancien
officier du roy.
C'est son mari qui sera chargé de vendre la propriété qu'Antoine avait acquise, non loin de Bois Louis et très proche de la forêt de Villefermoy où il avait des coupes de bois, ce que prouvent des créances d'Antoine auprès de Lemaignan, garde-vente et Baivier, voiturier thiérachien attestés en forêt de Villefermoy. |
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"Par devant les conseillers
du Roi, notaires au Châtelet de Paris soussignés, furent présents
les parents et amis de Hermine Marguerite La Barre, Jeanne Agathe La Barre
et Victoire Rosalie La Barre, toutes trois filles mineures de feus S Antoine
La Barre de Maurice, marchand de bois, seigneur de la Commune aux Demoiselles
et autres lieux et de D Elisabeth Marguerite Haribelle décédée
sa veuve, les parents et amis... Projets de vente de la Commune aux
Demoiselles : "malgré toute la publicité
qui a été donnée à la vente, le sieur de la Cour
s'est vu dans la nécessité de former la demande afin d'être
autorisé à faire vendre au dessous de l'estimation..."
16 juin 1787
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La Commune aux Demoiselles, aussi nommée
la Grande Commune, paroisse des Ecrennes, figure seule sur un plan d'Intendance
de 1785, au moment où cette seigneurie était mise en vente pour
les héritiers Labarre.
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Antoine Labarre de Maurice, marchand de bois pour la provision de Paris, était aussi "seigneur de la Glaisière, châtelain des Écrennes" Archives de Paris D48J 16 Il est fait mention de la Glasière dans les actes de sucession, mais non dans ceux des conseils de famille. A noter l'évolution du nom: "Labarre dit Maurice" est peu à peu remplacé par "Labarre de Maurice", beaucoup moins populaire.
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Antoine-frère décéda avant juillet 1784, son épouse Elisabeth Marguerite Haribelle le suivit quelques années plus tard car un conseil de famille en juin 1787 en mentionne le décès. N'y sont plus citées que les filles, Jacques-Marie ayant juste atteint l'âge de la majorité, 25 ans sous l'ancien régime. Etienne, en prenant la tutelle des mineurs, avait dû poursuivre l'activité de marchand de bois de son frère. Parmi les procédures civiles traitées par
des procureurs au Châtelet (de Paris D56J1) figurent les pièces
du "contentieux interminable des successions Labarre de Maurice"
d'après l'archiviste qui en dressa l'inventaire, et pour qu'un archiviste
émette un sentiment personnel dans un catalogue, c'est que le succession
d'Antoine Labarre devait être particulièrement interminable.
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Etienne est assez fortuné pour racheter
le domaine de Bois Louis, au Châtelet en Brie, que son frère
avait vendu près de vingt ans plus tôt: "Le
20 août 1767, le Bois Louis est de nouveau vendu, par Antoine Labarre,
à haut et puissant seigneur messire Françoiss-Ferdinand, comte
de Launoir de Wannes, colonel au corps des Grenadiers de France, habitant
Paris, hôtel de Vallois, et au château de Surville à
Montereau. En 1786, ce dernier le revend à messire Étienne
Labarre, bourgeois de Paris..." |
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"Ce domaine était situé
sur l'ancien chemin de Melun au Châtelet, délaissé depuis
la construction, en 1775, de la route nationale. Il consistait en une maison
de maître, bâtiments d'exploitation et dépendances, le
tout entouré de fossés servant, jadis, de moyens de défense
contre les surprises d'un coup de main.
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L'acquisition d'un fief était une "savonnette à vilains", autrement dit un premier pas vers un anoblissement tant souhaité par la bourgeoisie: "À la mort de son père, le jeune Salomon acheta, suivant l'expression du temps, une savonnette à vilain, et fit ériger en baronnie la terre de Villenoix, dont le nom devint le sien." Balzac, Louis Lambert 1832 Etienne Labarre ne résista pas à cette tentation; à preuve: le 26 mai 1788, au baptême d'Adélaïde Marie Labarre, le père, bourgeois de Paris, demeurant rue de Berry, paroisse St Nicolas des Champs, "présent en son fief du Bois Louis situé en cette paroisse" signe Labarre de Bois Louis, particule qu'il aura perdue en 1790, dans l'acte de naissance de Justine Denise Elisabeth, ce qui ne l'empêchera pas, emporté par sa modestie, de rédiger l'acte de sa main. |
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D'autres marchands de bois travaillant
en forêt de Villefermoy avaient aussi acquis un fief: "la
vente qui a été coupée extraordinairement en 1793, adjugée
au citoyen Mesrat marchant de bois demeurant à Montereaut"...
le marchand de bois, ayant épousé Agapite Jacqueline Jeanne
Royneau de la Geneste se faisait habituellement appeler Edme Germain Mérat
de la Geneste. Les marchands de bois tentaient, en achetant un fief, de changer d'état pour accéder à la noblesse. Ils essayaient de quitter le Tiers Etat non seulement pour le prestige, mais aussi pour les privilèges associés. Ainsi Marc Goudard, marchand de bois à Auxerre veut-il être "privilégié" et ceci vaudra aussi pour sa descendance. Il veut être affranchi de droits et ne plus payer que la capitation, que la noblesse paye aussi, mais avec un rabais." Il s'engage à payer des seaux goudronnés et leurs crochets, destinés à lutter contre les incendies dans sa ville, en contre partie, demande "l’exemption d’ustancils, subsistance, logement des gens de guerre, guet, garde, collecte [...], et la protection de votre grandeur pour être taxé à la somme de 6 livres pour sa capitation pour chaque année dont il ne paye actuellement que la somme de 25 livres." Frédéric Pige, Bulletin de la S.E.M. N°116, août 2001
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Lapalissade: trois ans avant la Révolution française, c'était encore l'Ancien Régime; tout fief vassal dépendait d'un suzerain. Ainsi, à la Chapelle Rablais, en 1787, les frères Grandjean durent-ils passer un contrat d'inféodation pour leurs terres de la Haute Borne et des Moulineaux: "La présente inféodation et concession de chapelle est faite à la charge par M. S. de Grandjean, de tenir le tout avec droit de moyenne et basse justice, en fief relevant du Marquisat de Nangis.." Antoine Labarre était lui aussi "seigneur de la Commune aux Demoiselles et autres lieux." |
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"Le fief du Bois Louis et ses dépendances
relevaient en plein fief, foi et hommage, des religieuses de l'abbaye
royale de Poissy, à cause de leurs terre et seigneurie du Châtelet...
Les dames de Poissy reçoivent la rente annuelle et perpétuelle
des cens du Châtelet pour servir à leurs donations et fondations.
En 1384, elles acquièrent définitivement la seigneurie
et les terres en les rachetant aux chanoines de l’église
Sainte-Chapelle de la Trinité du château de Vincennes.
La gestion des terres, de la ferme et la perception des droits seigneuriaux
sont assurées, au nom des dames de Poissy, par un receveur séjournant
sur place." |
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On ignore pourquoi Antoine Labarre, dit
Maurice, se sépara de son domaine; les intentions de son frère
en le rachetant n'ont pas été précisées, mais
pour un ambitieux, le choix de ce fief était idéal: le seigneur
du lieu était absent, représenté par un fermier et un
simple receveur, et de plus, il s'agissait de nonnes. L'influence des "Dames
de Poissy" sur la vie locale était minime; la place était
libre pour un "coq de village". Etienne Labarre n'eut aucun mal
à étendre son influence sur le petit bourg du Châtelet
en Brie.
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On le retrouve en février 1789: "S'étant
assemblés et concertés certain jour de février à
l'issue de la messe paroissiale, sous le porche de l'église, suivant
la coutume, les paroissiens du Châtelet élirent, pour les représenter
à l'assemblée de Melun, trois de leurs concitoyens, les plus
aptes à la défense de leurs droits et de leurs intérêts
: Louis-Nicolas Marin, propriétaire de la petite ferme de Saveteux,
Jean-Jacques Lependry, notaire, et Étienne Labarre, propriétaire
du Bois Louis.
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Le 24 mai 1790, Etienne Labarre,
de Bois Louis, au Châtelet, est élu parmi les trente six
administrateurs du département, dans le district de Melun; peut
être a-t'il revêtu cet uniforme dessiné par David.
"... trois commissaires spéciaux, Dumas, député de Vaucluse, Ségretier, propriétaire à Boissise-la-Bertrand, et du Tremblay, de Rubelles, ancien maître des Comptes, sont nommés pour établir la nouvelle organisation administrative et veiller à la formation des assemblées primaires, chargées d'élire les électeurs communaux. Ces derniers se réunissent le 24 mai 1790, à Melun, sous la présidence de Viénot de Vaublanc, de Bellombre, dans le bâtiment du couvent des Carmes, en vue de procéder à l'élection des 36 administrateurs du département. Elus à raison de 7 par district, sauf pour Meaux, qui en eut un supplémentaire, à cause de sa population, les membres de l'administration départementale étaient les suivants: |
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District de Meaux: Hervieux (Jean-Baptiste),
de Meaux. Lhoste (Claude-Denis), de Meaux. Frager (Claude), cultivateur à
Esbly. Hébert (André), de Précy. Gibert (Bernard), de
Tancrou. Dejot (Charlemagne), de Messy. Godard de Saponay (Jean-Baptiste-François),
de Meaux. Dupré de Maulny (Louis), de Saint-Soupplets.
District de Melun: Viénot de Vaublanc (Ch.-Vinc.), de Bellombre. Beaunier (Antoine-Louis), de Melun. Jaucourt (Fr. de), de Combrevu, près Tournan. Labarre (Etienne), de Bois-Louis, au Châtelet. Garnot (Nicolas-Alexandre), d'Aubepierre. Boucher de La Richarderie (Gilles), de Dammarie-lès-Lys. Marrier de Chanteloup, de Fontainebleau. District de Nemours: Pommier (Antoine-Louis-Joseph), du canton de Beaumont. Rabier (Georges), de Noisy-sur-Ecole, canton de La Chapelle la Reine. Garcet (Paul), de Montereau. Lecoq (Marin), de Poligny. Marpon (Jean-Louis), de Saint-Mammès, canton de Moret. Thibault. (Jean), de Voulx. Jollivet (Jean-Baptiste-Moïse), de Grez. District de Provins: Prévost (Charles-Gaspard), de Montigny-Lencoup. Maillard de Chanteloup (Ant.-Martial), de Bray. Reghat (Pierre de), du Petit-Paris, commune de Jouy le Châtel. Vacher (Louis), de Sourdun. Rousseau (Etienne), de Montceaux-lès-Provins. Crespin (Louis-Etienne), de Provins. Dufrayer (Louis), de Pars, à Nangis. District de Rozoy: Picault, remplacé par Jean-Louis Delagarde aîné, de Jouy-sur-Morin. Corbilly (Toussaint), de Rebais. Thomé (Etienne-Simon), jeune, de Coulommiers. Lefèvre (Pierre-Brice). Cordellier (Jean-François-Sulpice), de Faremoutiers. Salmon (Jean-Baptiste), de Doue. Raquinard (Nicolas-Jacques), de Rozoy. Quant au Directoire, choisi parmi ces derniers, il fut ainsi composé : MM. Boucher de la Richarderie, Garnot, de Jaucourt, du district de Melun; Hébert, de Meaux; Corbilly et Thomé, de Rozoy; Jollivet, de Nemours; Crespin, de Provins." Archives de l'époque de la Révolution; préface du tome I de l'Inventaire Sommaire de la Série L par A. Hugues, archiviste du Département dans Rapports et délibérations du Conseil Général 1904/08 pp 483 à 509 |
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En 1792, encore administrateur du Département,
il est aussi juge de paix du canton du Châtelet en Brie. Le 7
février, il demande au département la création
d'une brigade de gendarmerie au Châtelet: "...
pour que nous ayons enfin une brigade au Châtelet et si ce minystre
ne fait pas son devoir, dénoncez-le à l'assemblée
nationale, pour le lui faire faire: sous le règne des lois, quand
on a la raison et la justice pour soi, on peut parler sans crainte,
ce sont là les droits de l'homme libre dans lesquels je mourrai." Il semblerait que cet "ami de l'ordre" ne répugnait pas au conflit d'intérêts. Car la brigade demandée avec force aurait été surtout chargée de réprimer les "délits affreux, qui finiront, si l'on n'y met ordre, par avoir les conséquences les plus funestes; les bois nationaux sont entièrement dévastés, en beaucoup d'endroits, dans les coupes d'un an et deux ans, les souches sont arrachées, à ce mal j'en vois succéder un autre non moins grand, les particuliers circonvoisins y mettent paître leurs troupeaux, de manière qu'il y a lieu de croire qu'il n'y poussera jamais de bois, je vous cite, Messieurs, pour exemple la forêt de Vilfermoy..." idem |
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Conflit d'intérêts, car qui donc exploite des bois dans la forêt de Villefermoy que voudrait sécuriser Etienne Labarre, juge de paix, si ce n'est Labarre Etienne, encore marchand de bois à cette époque comme le montre cet acte : |
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Etienne Labarre, marchand de bois patenté
pour l'an courant sous le n° 1°, demeurant au Bois Louis commune
du Châtelet, fait livrer à Anne Marie Martin, veuve de
Jean Prieux demeurant à la Borde, commune de Châtillon
la Borde, le 22 prairial an IX: "Cinq
mille six cents mètres trois cent quarante cinq mm ( mille neuf
cent toises de six pieds chacune, ancienne mesure) de bois propre à
la fabrication de sabots, provenant de la vente de Richebourg près
Villefermoy ... livré par le garde vente dudit citoyen Labarre.
Plus un cent de bourrées de bois à charbon en échange
de deux douzaines de paires de sabots pour le 1° nivôse, évalués
9 francs." Prudent et généreux,
le marchand de bois hypothèque la maison de la veuve du sabotier:
"une pièce, grenier, couverte
de tuiles, petit jardin" pour garantir
le paiement des 1.160 francs en trois termes de 386,67 F. |
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En 1803, on le retrouve juge et partie; il
est priseur et débiteur pour l'inventaire après décès
d'un voiturier "thiérachien" qu'il faisait travailler.
Rien de répréhensible au fait qu'un notable soit commissaire priseur pour un inventaire après décès. Mais le défunt était débiteur d'une somme assez conséquente -pour un modeste voiturier- et travaillait pour celui qui devait régler sa succession: "Du citoyen Labarre, marchand de bois au Bois Louis, le Châtelet en Brie, pour charrois de bois: 41,86 F en déduction sur celle de l'obligation de 300 F due à Labarre (4 frimaire an XI, notaire Pinault, le Châtelet) avec intérêts de 5%, versée au passif.." soit "A Labarre 259,14 F" A noter que la reconnaissance de dettes n'a pas été retrouvée dans les minutes du notaire Pinault. Etienne Labarre exploitait des coupes de bois qu'il faisait convoyer par des voituriers dits "tirachiens" car nombreux furent les migrants de Thiérache et du Hainaut à venir travailler, puis s'installer dans les forêts d'Ile de France où ils avaient presque le monopole du débardage.
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Etienne Labarre continue à s'enrichir,
et achète des terres agricoles: le 28 mars 1801 à Jean François
Philippot: 51 ares 14 ca de terres labourables, puis en mai 14 ares 29 ca
de terres labourables à François George. minutes
du notaire Pinault, le Châtelet en Brie AD 77 227 E 105 Son collègue,
François Gatien Champagne, marchand de bois à Montereau et résidant
à Cannes Ecluse, fait de même. Un rapide sondage dans les actes
du notaire Pinault du Châtelet montre que Champagne a acheté
à Lazare Lange, cultivateur au Grippon: 7 ha 25 a 50 ca (17 arpents
20 perches) aux Trembles, la Chapelle Gauthier pour 1.000 francs; à
Jacques François Montaigu (Montaigne?): 3 hectares, 43 ares, 77 ca
de prés aux Ecrennes; à Jean Baptiste Bodson, 42 ares, 18 ca
de prés à la Chapelle Gauthier, lieu dit Pré au Roy.
Il achète aussi deux maisons et dix hectares 54 ares 50 centiares de
terres labourables et prés, le tout sur le finage des Trois Chevaux
pour 2.800 francs et, au lieu d'y placer les voituriers débardeurs
de bois, si nombreux en ce hameau, il loue maisons et terres au fermier de
la ferme proche du Maupas moyennant 200 francs par an.
Etienne Labarre acquiert aussi des Biens Nationaux: "La chapelle Sainte-Reine et les Trous des Carrières (appelés ensuite Trous du Cimetière) devenus, par la loi du 4 novembre 1791, biens nationaux, ont été achetés par Étienne Labarre, le 13 messidor An IV, au district de Melun qui lui en a passé vente par deux actes séparés, le 30 pluviôse, An V." Notice historique sur le Châtelet en Brie |
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Etienne Labarre était proche de Louis Lézin de Milly, "Américain" comme lui, rencontré en Martinique, comme nous l'avons vu à la page précédente. A Paris, leurs demeures sont proches, après avoir dépendu de la paroisse Saint Gervais, Etienne Labarre, "bourgeois de Paris", habitait rue de Berry, paroisse Saint Nicolas des Champs, près du Temple, (à ne pas confondre avec la rue de Berry actuelle, proche des Champs Elysées). Louis Lézin de Milly, logeait non loin de lui, rue Sainte Avoye. Antoine Labarre, frère, avait résidé rue Saint-Antoine, paroisse Saint-Paul, plus près de la Seine et ses trains de bois.
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Leur intimité est confirmée par une aide qu'Etienne apporta
à la famille Milly, au cours d'une période douloureuse qui
vit périr toute la famille de Thomas, frère de Louis Lézin
de Milly. |
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Comme l'éducation des jeunes filles au couvent, comme Victoire Rosalie après le décès de son père, le placement en nourrice à la campagne des "Petits Paris" était bien dans l'air du temps. Pour le petit village de la Chapelle Rablais, environ quatre cents habitants avant la Révolution, j'ai relevé plus de deux cents décès pour un demi-siècle. La petite Marie Louise Nelly Milly mourut, elle aussi le 27 ventôse an VII, 19 mars 1799, n'ayant pas survécu plus d'une semaine. Sa mère, restée à Paris, était décédée trois jours après l'accouchement.
Dans quel village d'Ile de France la petite Nelly fut-elle
mise en nourrice ? Au Châtelet en Brie, là où Etienne
Labarre possédait un domaine. Et qui fut la nourrice qui partagea
le lait de son petit Pierre Louis, enfant naturel, né six mois
plus tôt et qui décédera en octobre de la même
année ? Son nom est Peltier ou Pelletier, son prénom sur
l'acte de naissance est Marie Anne, fille de Jacques. On trouve d'autres
naissances hors mariage de Marie Anne, Marie Louise ou Marie Anne Louise,
toujours la même fille de Jacques. Et tous ces enfants survivants
ont été reconnus lors du mariage en 1815 d'Anne Louise
Pelletier, fille de Jacques Pelletier et de Marie Saunier avec un certain
Pierre François Labarre, qui n'est autre que le fils d'Etienne.
La coïncidence est impossible. |
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Etienne Labarre et Louis Lézin de
Milly créèrent une "société pour l'exploitation
de coupes de bois de Montgirard et autres". D'autres documents précisent:
"reliquat du compte de l’exploitation de coupes de bois de Mongirard,
Deschoux et Richebourg pour l’ordinaire de l’an 9" c'est
exactement la même année et la même localisation que le
bois livré pour faire des sabots: "bois propre à la fabrication
de sabots, provenant de la vente de Richebourg près Villefermoy".
Ci-contre, Richebourg dans l'atlas de la forêt de Barbeau (Villefermoy)
en 1774. Deschoux correspond à une autre parcelle de la forêt
de Villefermoy: les bois d'Echou.
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Montgirard aurait pu être le Mont Girard du Québec
car la famille Milly était d'origine acadienne, avant de passer en
Martinique, mais les relations commerciales franco-canadiennes ne reprirent
calmement qu'au temps du Napoléon le troisième, or l'association
Milly/Labarre eut lieu sous Napoléon I°. D'autre part, l'exploitation
et le transport du bois nécessitaient une présence assidue.
Il fallait chercher une forêt plus proche. Il existe un Mont Girard
ou Monts Girards en forêt de Fontainebleau, proche de Barbizon, que
peignit Théodore Rousseau, prouvant, par ailleurs, que cette parcelle
était bien boisée, ce qui n'était pas le cas de tout
le massif: "Lisière du mont Girard, forêt
de Fontainebleau" 1854. |
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"L'approvisionnement des bois
& charbons, pour Paris, exige une attention, une suite de surveillance
qui ne doit être confiée qu'à des personnes familiarisées
avec les opérations & les détails qui y sont relatifs.
Il faut une activité continuelle pour prévenir la pénurie
de ces combustibles, & faire arriver à Paris, pour la consommation
annuelle, 6 à 700 mille voies de bois, 7 à 800 mille voies
de charbon..." Ainsi commence un mémoire
rédigé fin 1789 par Louis Lézin de Milly de la Croix
(Oups ! Fin 1789, Milly avait laissé tomber "de la Croix",
dernière partie de son nom comme il oubliera bientôt de mentionner
sa particule).
"Deux Commissaires à la navigation, l'un résidant sur la Seine & sur l'Yonne, l'autre sur la Marne, & un Inspecteur, résidant à Clamecy, au pied du Morvan, sont particulièrement chargés de veiller à la prompte expédition des bois & charbons destinés à l'approvisionnement de Paris... leur utilité est incomplette, si, sous les ordres de M. le Lieutenant de Maire, chargé de la partie des subsistances, on n'établit pas un Inspecteur général pour cette partie intéressante... M. de Milly a l'honneur de se proposer pour remplir cette place... " Pour appuyer sa demande, il justifie d'une assez brève pratique du transport de bois: "il réunit l'avantage d'avoir été, en Novembre et Décembre 1785, sur la rivière d'Yonne et sur l'Armançon; d'avoir parcouru tous les ports depuis Villevalier & Joigny, jusqu'à Clamecy. Assez heureux pour avoir exécuté les dispositions prescrites avec un succès complet, il a fait fabriquer des trains (de bois), nuit et jour, pendant près de deux mois, & expédier pour la Capitale tous les bois qui étoient rassemblés sur le port du Foulon... M. de Milly ose se flatter de justifier le choix de MM. les Administrateurs, & de mériter leur bienveillance." Mémoire sur les approvisonnemens des bois & charbons de la Capitale |
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Etre en même temps marchand de bois et inspecteur général des bois et charbons était-il possible? "Sous l'ancien régime: "Si l'exercice de la profession est libre, elle est toutefois interdite à certaines catégories de personnes: aux ecclésiastiques, gentilshommes, officiers, magistrats de police et de finances, ainsi qu'aux officiers des forêts et chasses royales, à leurs enfants, gendres, frères, beaux-frères, oncles, neveux et cousins germains." Emile Mireaux
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Sa demande est appuyée par
une lettre de M. Moreau de Saint Merry à M. Cayer de Gerville,
qui ne correspond pas tout à fait au poste souhaité, que
Milly n'obtint d'ailleurs pas; de même, il postula plus tard en
vain pour le poste de sous-préfet de la Franciade (Seine St Denis):
"Permettez moi, mon ancien Confrère, de joindre ma recommandation aux instances de M. de Milly, mon Compatriote, pour être conservé dans sa place de premier secrétaire du Parquet... L'ancienne Municipalité jugée, avec raison, inconstitutionnelle; a dû disparoître; mais les sujets qui avoient près d'elle des fonctions que le nouveau régime comporte, ainsi que l'ancien, méritent la préférence, lorsque personnellement ils la justifient; et c'est un bel exemple à donner d'attachement à l'équité, & les Administrateurs provisoires doivent être jaloux de ne le pas laisser échapper..." |
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![]() Portraits présumés de Louis Lézin de Milly et de son épouse Adrienne Douillon. Toute information sera bienvenue. |
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A son arrivée en métropole, en
1784, Louis Lézin de Milly était sous la protection de
Louis Dominique Ethis de Corny, le très puissant procureur du
Roi et de la Ville de Paris, dont il devint premier secrétaire.
On a vu que Moreau de Saint Merry accorda sa recommandation, parmi d'autres
motifs, parce que Milly est son "Compatriote", un "Américain"
comme l'était aussi Etienne Labarre. Etienne Labarre n'eut certainement aucun mal à se faire une place dans le petit bourg du Châtelet en Brie, il réussit ensuite à se faire remarquer pour devenir administrateur du département. Restent à découvrir ses relations, ses soutiens, ses protecteurs, s'il en eut... |
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